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  • Trouble dans la théorie

    2020-12-10

    Pour son numéro 13.2, à paraître en décembre 2021, la revue en ligne L’Atelier (http://revues.u-paris10.fr/index.php/latelier) lance un appel à contributions sur le thème « Trouble dans la théorie »

    Pour son 25ème numéro, L’Atelier se propose de faire le point sur l’état de la critique dans le champ des études littéraires et d’examiner comment une théorie de plus en plus protéiforme accompagne aujourd’hui nos pratiques de lecture. L’ambition n’est pas de répertorier l’ensemble des tendances ou « tournants » qui s’affirment çà et là, tâche redoutable si l’on se réfère au diagramme que Vincent B. Leitch place au début de son ouvrage Literary Criticism in the 21st Century(2014) et qui ne répertorie pas moins de 94 sous-champs répartis à l’intérieur de 12 champs théoriques principaux. Conformément à la vocation métacritique de la revue, il s’agira plutôt d’interroger les phénomènes eux-mêmes – phénomènes d’émergence, de déclin, de mutation, de persistance ou de résilience de certaines approches théoriques – de prendre en compte le terreau dans lequel ils s’ancrent, leur moteur et leurs enjeux. Alors que les humanités et les études littéraires se sentent de plus en plus menacées dans leur existence même, on pourra s’intéresser à la façon dont continue de s’affirmer la spécificité scientifique mais aussi la valeur éthique et politique du travail dans lequel nous engage la littérature. Fidèles à ce qui constitue notre ligne éditoriale, il s’agira plus que jamais d’envisager de quelle façon la critique, quelle que soit la théorie qui la nourrisse, « s’explique avec la littérature plutôt qu’elle ne s’applique à elle ».

    Le trouble dans la théorie tient aujourd’hui pour une part au vertige qu’on peut éprouver face à un foisonnement qui densifie et complexifie le paysage critique au point qu’on peut se demander s’il est encore possible d’employer le terme « théorie » sans guillemets ou au singulier. L’atomisation peut paraître délétère par la compartimentation qu’elle induit, mais force est de constater que tel terme ou concept de prime abord spécifique, mineur ou marginal, tel le grain de sable de Blake, peut aussi offrir un point d’entrée privilégié dans un champ beaucoup plus large. Beaucoup – dont Leitch – associent la multiplication des concepts critiques à la fin du règne « des grands récits » et saluent une vitalité, une ouverture et une pluralité bénéfiques. N’assiste-t-on d’ailleurs pas dans le même temps à la mise en œuvre de nombre de contre-récits, véhicules d’un trouble, ou d’un dissensus, qu’on peut juger salutaire – à moins qu’ils ne deviennent l’arme par laquelle s’impose une nouvelle hégémonie ? Il apparaît bien vite que le débat ne saurait faire l’économie d’une réflexion jamais terminée sur le statut même du texte théorique : « texte » pourrait-on affirmer plutôt que récit, texte quand bien même il se range plus facilement dans l’ordre du discours et ne saurait, d’une façon ou d’une autre, se soustraire totalement au discours.

    Le trouble ne serait-il pas finalement ce qui tend à faire défaut quand le ou la critique s’avance tout armé.e vers le texte littéraire, quand sa langue se fait langue de bois ? Si le « jargon » théorique reste plus que jamais un point sensible, n’importe-t-il pas de faire une différence entre une exigence légitime de clarté du propos critique et une demande absolue de transparence et d’accessibilité ? Dans un entretien où Judith Butler est interrogée sur le prix qu’on vient de lui décerner pour « bad writing » (The Butler Reader), l’auteure se défend quelque peu en invoquant son propre apprentissage et l’importance qu’il y a à rencontrer la résistance de la langue dès lors qu’on se met à penser. Sans nécessairement célébrer l’opacité, ne peut-on pas attendre de la théorie qu’elle mette sa propre langue au travail, qu’elle la laisse résonner sans pour autant cesser de raisonner ? Admettre la place du trouble dans la théorie, ce serait aussi prendre en compte tout ce qui se joue en elle d’affects et de désirs ­– quand bien même elle se réclamerait d’une neutralité scientifique – et reconnaître l’existence de ces points aveugles qui lui permettent par ailleurs d’échapper à la prétention à une maîtrise absolue.

    Les articles (30 000-55 000 caractères) pourront être rédigés en français ou en anglais.

    Toute l’équipe est engagée dans la direction de ce numéro spécial. Pour plus de simplicité, les propositions détaillées (300-500 mots) seront à envoyer à Marie Laniel (marie.laniel@gmail.com), Pascale Tollance (pascale.tollance@univ-lyon2.fr) et Anne Ullmo (anneullmo1@gmail.com). La date limite de remise des propositions a été fixée au 31 décembre 2020.

     Les articles sont attendus pour le 30 avril 2021.

    Pour toute information concernant la revue et sa politique éditoriale, consulter le site : http://ojs.parisnanterre.fr/index.php/latelier/index

    English version

    For its 25th issue, L’Atelier proposes to take stock of the state of criticism in the field of literary studies, and to examine how an increasingly protean theory informs our reading practices today. Our goal is not to make an inventory of all the trends or “turning points” that are emerging here and there—a daunting task if we refer to the diagram placed by Vincent B. Leitch at the beginning of his book Literary Criticism in the 21st Century (2014), which inventories no less than 94 sub-fields distributed within 12 main theoretical fields. In keeping with the metacritical vocation of the journal, our aim is, instead, to investigate the phenomena themselves—the phenomena of emergence, decline, mutation, persistence or resilience of certain theoretical approaches—to take into account the breeding-ground in which they are anchored, their driving force and their stakes. At a time when the very existence of the humanities and literary studies is increasingly under threat, we might look at the way in which the scientific specificity as well as the ethical and political value of the work in which literature engages us continues to assert itself. True to our editorial line, it is more important than ever for us to consider how interpretative activity, whatever may be the theory that fuels it, “is developed with literature rather than applied to it.”

    Part of the trouble with theory today is the feeling of dizziness that one experiences when faced with a proliferation that densifies and complicates the critical landscape to the extent that one may wonder whether it is still possible to use the term “theory” without quotation marks or in the singular. Splitting up may seem deleterious due to the compartmentalization that it induces, but it must be noted that a term or concept that might appear specific, minor, or marginal may, may also offer, like Blake’s grain of sand, a privileged point of entry into a far broader field. Many—including Leitch—associate the multiplication of critical concepts with the end of the domination of the “grand narratives,” and welcome a beneficial vitality, opening, and plurality. Are we not witnessing, simultaneously, the increase of a number of counter-narratives, carriers of trouble, or dissensus, that may be considered salutary—unless they become the weapon by which a new hegemony is imposed? It soon becomes clear that the debate cannot forgo an unfinished reflection on the very status of the theoretical text: “text,” one may assert, rather than narrative; text—even though it can be more easily placed within the order of discourse and cannot, in one way or another, entirely escape discourse.

    In the end, isn’t trouble that which tends to be lacking when the fully-armed critic approaches the literary text, when his or her language becomes “wooden language?” If theoretical “jargon” remains more than ever a sensitive subject, isn’t it important to make a distinction between a legitimate exigency for clarity of critical intent and an absolute demand for transparency and accessibility? In an interview in which Judith Butler was asked about the prize she had just been awarded for “bad writing” (The Butler Reader), the author defends herself somewhat by invoking the virtue, in her own learning, of the resistance of language as soon as one starts to think. Without necessarily celebrating opacity, might not one hope that theory would not fail to put its own language to work, that it would let it resonate without ceasing to reason? Admitting the place of trouble in theory would also mean taking into account all that is at stake in it in terms of affects and desires—even if it claims to be scientifically neutral—to recognize the existence of these blind spots that allow it to escape the claim to absolute mastery.

    The articles (30 000-55 000 characters) can be written in French or in English.

    The whole team is involved in the edition of this special issue. For greater simplicity, proposals (300-500 word abstracts) will be sent to Marie Laniel (marie.laniel@gmail.com), Pascale Tollance (pascale.tollance@univ-lyon2.fr) and Anne Ullmo (anneullmo1@gmail.com) before December 31, 2020.

    The articles are expected by April 30, 2021. 

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