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  • Lieux communs

    2019-03-22

    Pour son numéro 12.1, à paraître en juin 2020, la revue en ligne L’Atelier (http://revues.u-paris10.fr/index.php/latelier) lance un appel à contributions sur le thème des « Lieux communs ».

    Au fil de la réflexion sur la communauté que la pensée philosophique et politique a menée avec une intensité marquante depuis les années 80, s’affirme la nécessité de distinguer le « commun » et le « communautaire » et de penser la communauté contre les écueils – ou les ravages – d’une hypothétique communion. Le « lieu commun » dans cette perspective ne se maintient qu’à la condition qu’il ne cesse jamais de se désirer et de se chercher dans un « entre » qui ne saurait être aboli. Ce que la langue courante désigne pour sa part par « lieu commun » témoigne d’une fixité qui, si elle peut sembler rassurante, tend à être plutôt ressentie comme sclérosante : le « lieu commun » ne s’oppose pas seulement à toute idée d’originalité mais, plus encore, charrie un savoir qui s’énonce machinalement, sans se penser. Loin d’être étrangères à la question de « l’être-avec », ces formules toutes faites qui habitent la langue et font buter la parole sur sa propre limite nous interrogent sur les formes de partage qui s’instaurent dans l’espace commun. À ce point, deux questions convergent et se recouvrent : l’idée que le dire doit s’arranger avec un dit déjà constitué est indissociable de l’articulation entre un je et un nous.

                Dans le champ de la philosophie, de la critique, de la littérature et des arts, nous invitons à porter attention au lieu vécu, aux relations affectives qui unissent l’homme à l’espace qu’il occupe, ou encore aux « œuvres-lieux » qui associent étroitement la création artistique à la notion de site (Michel Collot). Nous proposons ainsi de considérer l’importance du « lieu » dans la constitution du « commun », de prêter attention aux configurations, agencements et modalités selon lesquels se recueillent ou circulent la parole, l’expérience ou la mémoire – qu’il s’agisse d’espaces politiques, sociaux ou culturels ou de pratiques d’énonciation et d’écriture. Si le lieu, comme le suggère Michel de Certeau, est associé à la loi du propre ou à ses semblants, on pourra examiner les risques d’une réification ou d’une fétichisation de ce en quoi une communauté est censée pouvoir se retrouver ou se reconnaître, de ce à quoi une culture s’identifie ou est identifiée. Inversement, ce sont aux dispositions qui permettent de résister à ce repli et à cette immobilisation que l’on pourra s’attacher. Dans cette perspective, le « lieu commun » de la langue peut être dégagé de son acception étroite pour inclure les schèmes, motifs ou topoï toujours prêts à basculer dans le stéréotype, jamais exempts du risque de l’usure ou de l’automatisme. On pourra considérer également le rôle du mythe, ou de tout ce qui a valeur de mythe, dans l’espace de la « communauté » : la littérature et les arts seraient-ils une façon de prolonger le mythe en tant que « discours relatif au lieu/non-lieu de l’existence concrète », « récit bricolé avec des éléments tirés de dits communs » (Michel de Certeau), ou bien la littérature est-elle « cette voix qui interrompt le mythe » (Jean-Luc Nancy), qui rompt avec le sens ou le lien que le mythe instaure ?

                L’espace du commun peut se proclamer dans la grandiloquence ou s’afficher dans la banalité. Qu’il soit promu en symbole, érigé en monument – par et pour la communauté – ou qu’il se réduise à une simple formule galvaudée, le lieu commun court toujours le risque, de façon inaperçue, d’exclure. Au lieu de lui opposer l’originalité ou l’unicité, il est possible de l’envisager à travers ce que Jacques Rancière décrit comme une mise en tension dans Les Bords de la fiction (2017) : « […] le commun est toujours en fait un rapport tendu du commun et du non-commun, du partagé et de l’impartageable ». À la suite de Bataille, Blanchot et Nancy, on peut estimer que la communauté ne peut advenir dans une œuvre à moins que celle-ci ne soit hantée ou travaillée par le « désœuvrement ». Les analyses de Rancière nous invitent pour leur part à retrouver le « commun » en repensant le quelconque, le banal ou l’indifférence comme autant de forces qui permettent de défaire les hiérarchies et les ordonnancements de la fiction – qui mettent en péril le lieu lui-même en le soumettant à un perpétuel déplacement. S’il n’est pas possible, ou plus exactement, s’il ne s’agit pas d’échapper au lieu commun, ce sont peut-être les possibilités de son espacement que la littérature, les arts ou, plus largement, la culture nous donnent à imaginer.

    Les propositions détaillées (300-500 mots) sont à envoyer à Pascale Tollance (pascale.tollance@univ-lyon2.fr) et Marie Laniel (marie.laniel@gmail.com) avant le 15 juin 2019.

    Les articles (30 000-55 000 caractères), rédigés en français ou en anglais, sont attendus pour le 31 octobre 2019.

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